Commentaire sur le mur : #2765
"Rrom" signifie à la fois "homme tzigane" et "époux".
Les Tsiganes sont composés de trois groupes principaux : les Rroms (dont vient le mot "romanichel"),
les Manouches (ou Sintés ou Sintis) et les Kalé..."Rrom" signifie à la fois "homme tzigane" et "époux".
Les Tsiganes sont composés de trois groupes principaux : les Rroms (dont vient le mot "romanichel"),
les Manouches (ou Sintés ou Sintis) et les Kalés (appelés d'ordinaire "Gitans"), parlant respectivement des
langues apparentées : le romani, le sinto (nommé manouche dans une bonne partie de la France) et le kalo.
Ces langues ont des similitudes avec le sanskrit et avec certains parlers actuels de l'Inde. En France,
on trouve des Manouches (dont l'installation est ancienne), des Sinté venus du Piémont, des Gitans
(originaires de Catalogne ou d'Andalousie), et enfin des Rroms, arrivés assez récemment d'Europe orientale.
Si l'on constate que l'histoire de ces minorités est marquée par la migration et la mobilité, il convient de
préciser que les Rroms roumains ne sont ni des nomades, ni des gens du voyage. Ce sont des
sédentaires qui ont fui les discriminations et l'exclusion extrême dont ils sont victimes dans leur pays.
Les Rroms roumains ont été esclaves dans les principautés roumaines et moldaves jusqu'en 1856.
Entre 1941 et 1945, ils ont été exterminés par centaine de milliers dans des camps de concentration.
Jusqu'à la chute de Ceausescu en 1989, ils ont subi un régime totalitaire, dont la politique à l'encontre
de cette population minoritaire, avait pour seul mot d'ordre : "aucun droit ".
De nos jours, dans une Roumanie en proie à des difficultés économiques importantes, les Rroms
demeurent les premiers touchés. Plus de 80 % d'entre eux sont au chômage. Sans ressource,
sans assurance maladie, ils ne peuvent se faire soigner ni même assurer tous les jours la nourriture
de leurs enfants et vivent dans des quartiers défavorisés à l'écart des villes et des villages.
Malgré une loi récente anti-discrimination, les Rroms sont encore aujourd'hui traités, par la population
roumaine majoritaire, comme méprisables et infréquentables : on peut même voir sur certains lieux
des affiches marquées "Interdit aux Rroms". Ils sont traité de " brunets ", terme qui fait
allusion à la couleur de leur peau et, dès l'école, les enfants Rroms doivent subir insultes et mépris,
au point que la plupart d'entre eux ne la fréquentent plus. D'ailleurs, à ce sujet, le Centre juridique
pour les droits de la personne (HLC) et le Centre Européen pour les droits des Rroms (EERC)
ont vigoureusement protesté contre le projet des autorités de Subotica en Voïvodine de mettre en
place des classes séparées pour les enfants Rroms réfugiés du Kosovo et de la Metohija.
Alors, dans ces conditions, comment ne pas comprendre ceux qui dans une stratégie de survie
choisissent l'exil ? Voilà pourquoi depuis 1989, une petite minorité d'entre eux vient chercher refuge
en France espérant y trouver un avenir meilleur pour leurs enfants.
Mais en arrivant en France, bien que demandeurs d'asile, ils ne bénéficient d'aucun hébergement
et s'installent donc par leurs propres moyens. Ainsi, reléguée au dernier échelon de l'échelle sociale,
ces hommes et femmes développent des habitudes et des manières de faire qui, loin d'être le produit
de leurs valeurs traditionnelles, sont le reflet des contraintes du milieu. Et leur préoccupation majeure
demeure l'obtention, pour les sans papiers, de documents officialisant leur présence sur les territoires
nationaux. Cette question lancinante les conduit à une véritable psychose obsessionnelle qui les
empêchent d'envisager quoi que ce soit. De même que les expulsions fréquentes, et parfois violentes,
dont ils sont victimes les amènent à se déplacer constamment sans pouvoir, comme ils le souhaiteraient,
se fixer simplement dans un lieu et échapper ainsi à l'incertitude perpétuelle ainsi qu'à une errance
non désirée...
Quel avenir dans tout cela ?
Je le regarde devant moi : des enfants traînent. Je suis à Lieusaint, à Choisy-le-Roi, à Vitry, à Thiais,
à Montreuil, à Montmagny dans tous ces bidonvilles que l'on appelle pudiquement "Terrains " pour ne
choquer personne. Doux euphémisme qui ne cache ni la boue, ni les rats ! Et au milieu des déchets
où croupit leur avenir, grandissent ces enfants. Ils ont 3, 5 ou 15 ans et ne savent ni lire ni écrire, car
ils sont privés d'école. Pourtant, ils ont une furieuse envie d'apprendre, de parler, de communiquer,
de sortir de leur caravane, de leur baraquement sans eau ni électricité et de voir le monde.
On le dénonce et on se bat parce que normalement, la loi fait qu'ils devraient aller à l'école.
Parce que sans école, c'est les pousser vers la délinquance.
Et c'est précisément pour s'extraire de ces conditions d'existence que les Rroms souhaitent
la scolarisation de leurs enfants.
Marie Borrelli
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