Commentaire sur le mur : #4258
Jan Fabre.
Le théatre et la performance.
On a rejoué à Bruxelles ses performances marathons de 1980.
Jan Fabre vient de redonner à Bruxelles, au Kaaitheater, ses deux premiers spectacles "cultes" de 19...Jan Fabre.
Le théatre et la performance.
On a rejoué à Bruxelles ses performances marathons de 1980.
Jan Fabre vient de redonner à Bruxelles, au Kaaitheater, ses deux premiers spectacles "cultes" de 1982 et 1984 qui révolutionnèrent le théâtre : " C’est du théâtre comme c’était à espérer et à prévoir" , qui dure 8h (voir "La Libre" du 01/10 quand il fut rejoué à Anvers), et "Le Pouvoir des folies théâtrales" , qui dure 4h30. Deux spectacles qui n’ont rien perdu de leur force dérangeante et de leur beauté, surtout quand ils sont repris par de jeunes performeurs venus de divers pays, et plus beaux les uns que les autres.
On a revu ce week-end au Kaaitheater, "Le Pouvoir des folies théâtrales ". On y décèle trois points marquants chez Fabre.
L’irruption de la performance dans le théâtre. Les 15 performeurs/acteurs/chanteurs vont jusqu’au bout d’eux-mêmes, prenant tous les risques, s’épuisant en des répétitions d’une dureté et d’une loingueur parfois infinies (porter sans cesse le corps de l’autre, repousser violemment une performeuse qui veut monter sur scène, courir comme des dératés, jouer nus, se donner des gifles ). Une répétition qui épuise l’acteur (et le spectateur). Fabre appelle ses acteurs, des "guerriers de la beauté", une expression bien choisie.
L’importance des arts visuels. Ses premiers spectacles sont des suites de saynètes ponctuées d’images de toute beauté qui viennent apaiser la vraie souffrance physique imposée aux performeurs (et aux spectateurs).
Enfin, ces spectacles interpellent notre société de la vitesse, de l’efficacité, du "fast-food". Ils imposent une autre dynamique du temps, Comme dans les mantras tibétains ou les antiennes chrétiennes, la répétition infinie des mêmes choses crée une autre dimension, de nouvelles sensations (y compris de rejet), hors du monde "speedé" et superficiel qu’on nous impose aujourd’hui. Réaliser des spectacles aussi longs (le marketing actuel exige, dit-on, des spectacles courts !) avec 15 grands performeurs est un luxe jouissif et, aujourd’hui, inouï.
Et si vous avez l'occasion de voir un spectacle de Jan Fabre,allez-y,vous ne resterez pas indifférent à son art,et peut-être,détesterez-vous !