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Région Béthune et ses environs Bethune
Un Béthunois cherche 10000€ pour créer son entreprise d’éoliennes domestiques

Publié le 10/06/2013

Par RUBEN MULLER
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Depuis quatre ans, Érick Gros-Dubois peaufine un modèle d’éolienne domestique innovante, capable de produire 500watts pour un coût de 600€. Son produit est «presque abouti» mais il bute sur l’industrialisation.
Erick Gros-Dubois ne désespère pas de trouver les fonds nécessaires à la création d’Acta Terra, son entreprise de petit éolien. LOCVDN

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« Je peux passer pour un agité du bocal mais tout ce que j’ai entrepris, je l’ai réussi. » À 47 ans, dont vingt-cinq passés en Martinique, Érick Gros-Dubois a touché à tout : banque, informatique, agriculture, création de tee-shirts touristiques… « J’ai créé des boîtes pour des tiers, été directeur général de plusieurs entreprises : je ne suis pas un nouveau-né en matière de création d’entreprise. » Mais s’il n’est pas né de la dernière pluie, cet « autodidacte curieux et à moitié insomniaque » peine à concrétiser son activité de fabrication d’éoliennes domestiques.

Le projet Acta Terra a pourtant mûri des années au soleil de Martinique. « Là-bas, j’habitais dans un site isolé et j’avais installé 1 800 watts en solaire. Quelques années plus tard, ça ne donnait plus que 500 W… J’ai alors monté une petite éolienne mais elle n’était pas fiable. » Qu’à cela ne tienne, il décide de fabriquer son propre aérogénérateur. « Je suis fan de voile et je me suis aperçu que la mécanique des fluides est comparable à celle qu’on trouve sur un voilier. Je suis parti de mes connaissances pratiques pour aller vers la théorie. »

Potentiel « énorme »

Son produit ? Un kit éolien domestique complet produisant 500 W pour 600 €. « Un système tout simple, installable en quinze minutes : trois pales en plastique montées sur un tube galvanisé, en plug & play (on branche et ça tourne). » La géométrie novatrice des pales permettrait un taux de charge (temps pendant lequel l’éolienne fonctionne à plein régime) de 40 % contre à peine 25 % pour les modèles actuels. Érick Gros-Dubois croit dur comme fer au potentiel d’Acta Terra. « Le marché du petit éolien est en pleine expansion et la marge de progression est énorme : 2 500 petites éoliennes sont raccordées au réseau en France contre 35 000 au Royaume-Uni. Et un nouveau produit crée un nouveau marché. »

Il vise le marché international, notamment les Caraïbes pour l’humanitaire. « Actuellement, en Haïti, on installe des panneaux solaires six fois plus chers que mon système. » Et envisage déjà de multiples applications pour les particuliers (domotique), l’agriculture (alimentation de clôtures électriques) ou les collectivités (éclairage public). « L’éclairage représente 40 à 50 % de la facture énergétique d’une petite commune. En fixant une éolienne sur un luminaire, on peut produire plus d’énergie qu’on en consomme. Et finis les vols de cuivre. »

L’impact sur l’emploi serait également intéressant : au Royaume-Uni, l’industrialisation du petit éolien génère 3 000 emplois directs, sans compter l’installation. « Il n’y a pas de raison qu’on ne puisse pas en faire autant en France » et le Nord -Pas-de-Calais, avec son tissu d’entreprises de plasturgie, pourrait tirer son épingle du jeu, « alors que le solaire, privilégié par les pouvoirs publics, n’est pas industrialisé en France ». « Je peux mettre le produit sur le marché en six mois », promet Érick Gros-Dubois.

10 000 € à trouver

À condition de trouver des fonds. Et c’est là que ça se corse. Il assure qu’« une douzaine d’enseignes de bricolage sont intéressées » et qu’il a trouvé « un investisseur pas limité et intéressé par les débouchés du projet », la Soreidom, une entreprise de fret maritime qui dessert les lignes transatlantiques et l’arc des Caraïbes – elle est chargée notamment de la logistique de la Route du rhum et a contribué à acheminer l’aide humanitaire à la suite du séisme d’Haïti. La compagnie serait prête à mettre 50 000 € dans l’aventure, à condition qu’Acta Terra décroche le statut de Jeune entreprise innovante (JEI), qui lui permettrait de défiscaliser son investissement. Or, ce label implique que plus de 50 % du capital soit détenu par des personnes physiques « et depuis le temps que j’y travaille, j’ai envie de rester majoritaire ».

Érick Gros-Dubois doit donc trouver 50 000 €. « J’ai contacté tous les organismes d’aide à la création d’entreprise dans le Nord - Pas-de-Calais. La NEF (société coopérative de finances solidaires) peut m’avancer 40 000 € si j’amène 10 000 € de fonds propres, mais où les trouver ? » L’aspirant entrepreneur se targue d’avoir 870 contacts sur le réseau professionnel LinkedIn. « Le sujet intéresse les gens mais ils n’ont pas forcément les moyens d’investir. La mécanique des fluides les laisse dubitatifs et quand on leur parle de marchés internationaux, c’est encore pire… » Quant aux forums de l’innovation, « on y rencontre souvent des gens qui recherchent eux aussi des fonds ».

Seule alternative à un prêt ou un don, le commissaire aux apports, qui « évaluerait ce que j’amène à l’entreprise. Mais c’est une évaluation vénale, il ne prendrait en compte que le brevet déposé à l’INPI, soit 12 000 €. Et depuis quatre ans, j’y suis de 70 000 € de ma poche. En plus, j’engagerais mon brevet et c’est tout ce qu’il me reste. Quelle personne sensée ferait ça ? » Bref, si le projet est quasiment abouti sur le plan technique, son industrialisation a bien du mal à trouver les vents porteurs.

Contact : 06 67 70 67 68.