BON AN, MAL AN

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BON AN, MAL AN Reprise d'un blog publié l'année dernière à la même date par un membre, et car dans 24H commencent ces affreux messages pleine de bonne volonté.

Je me souviens d'un étudiant de troisième cycle venu d'un pays de l'est africain, qui m'assurait ne pas connaître son âge à cinq années près, car tout ce qu'il savait de sa naissance était qu'elle avait eu lieu entre une inondation et un autre événement de la vie de son village. Au consulat, on lui avait attribué une date de naissance parce qu'il fallait bien remplir la case correspondante. Mais le savoir avec exactitude ne lui paraissait d'aucune importance.

A notre époque où tout se compte et se mesure, on se doit de fêter collectivement le changement de matricule du numéro d'année. Rien n'arrive de spécial ce jour-là, sinon le nouveau chiffre d'identification des 365 jours suivants, au regard des démarches administratives. Si c'est un événement, c'est seulement pour ceux qui utilisent encore des tampons encreurs pour inscrire la date sur un papier officiel. Autant dire que le nouvel an est tout au plus une petite affaire d'État.

L'obligation de souhaiter la joie et le bonheur à l'occasion des jours de haute consommation qu'on appelle « les fêtes », n'a d'égal que l'absence d'empathie et d'amour qui préside à leur célébration quasi obligatoire. Ceux que Noël et la Saint-Sylvestre ne comblent pas d'ennui, engrossés par la pub et le spectacle télévisuel, roteront leur dernière bulle de vin mousseux au seuil de la série des jours sans intérêt qui porteront le même millésime. Sauf catastrophe, qu'on leur souhaite malgré tout, il ne se passera rien pour eux qui vaille la peine ou le plaisir d'être mentionné. Le pire a toutes les chances d'être à venir.

Lorsque j'étais enfant, les magazines et les journaux nous promettaient monts et merveilles pour « l'an 2000 ». On nous faisait rédiger des textes pour qu'on y dise comment nous imaginions notre vie à ce moment-là. Les guerres auraient disparu, les maladies, les disputes, la misère. On aurait une seule nation sur la Terre et des navettes permettraient d'aller et venir sur Mars. Ces balivernes inventées par le productivisme n'ont rien apporté du bonheur promis, pas plus que le communisme en URSS ou le développement du christianisme en Occident. L'an 2000 n'a jamais eu lieu.

En 2012, de vagues brocanteurs amateurs de légendes ont déterré une prophétie d'un peuple oublié dont tous ou presque ignoraient l'existence pour annoncer une énième « fin du monde » aux benêts de tous les pays. Ce nouveau non-événement a fait bavasser les commentateurs et les experts. Car les années n'existent que dans les compteurs à mesurer le temps. Rien ne change qui doive sa raison aux calendriers.

Les économistes de tous bords vont se remettre à leurs calculs, pour déduire des statistiques les courbes de croissance et de décroissance qui illustreront la séparation de tout un chacun d'avec sa propre vie. Alors que tout est à la disposition de tout le monde pour peu qu'on se l'approprie, on planifiera la pénurie afin d'augmenter les cadences, les embouteillages, la pollution de l'air, les suicides, les ventes d'armes et le désespoir du plus grand nombre. Travail, famille, patrie. On en restera aux fondamentaux. Les travailleurs s'useront ; les chômeurs aussi. La famille obligatoire s'enrichira de parents homos, pendant qu'un peu partout de jeunes gens se feront trouer la panse pour défendre un drapeau. Parions que l'année qui vient aura son lot de bêtise et de méchanceté, comme celles qui l'ont précédé.

Toute cette désillusion est fort banale, j'en conviens, et je me fous du premier janvier comme de ma première chaussette. Pourtant, je persiste à rêvasser d'un jour qui serait le premier d'un an toujours 01, sans aucun programme pour la suite, sans comptabilité du temps, pour le début d'un monde sans personne pour contraindre quiconque. En quoi serait-ce plus naïf que d'attendre la fin de l'année civile pour se souhaiter du bonheur ?

(écrit par Paul, le 31/12/12)
Mickaël et Florian
avec un bémol pour " La famille obligatoire s'enrichira de parents homos" mis dans le lots des "bêtises"...
Makh
C'est vrai que j'ai tiqué un peu aussi, mais en relisant la phrase entière ça m'a semblé être une antithèse avec ce qui suivait justement, comme quoi une bonne chose ne cache jamais les moins bonnes.
Bien que la famille (obligatoire, "imposée aux normes" (par l'enseignement religieux)) s'enrichit ("...
Mickaël et Florian
Effectivement une relecture s'impose. merci.
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