Qui est l'ennemi?
Dans le Monde diplomatique de ce mois est paru un article, témoignage à la première personne d'un "militant de longue date de diverses organisations antiracistes"(1), sur les possibles raisons de l'échec à lutter contre le FN. L'auteur et témoin, Willy PELLETIER, n'apporte pas de preuves indiscutables, ni d'études scientifiques pointues, il rapporte simplement son ou plutôt ses vécus. M'est avis que c'est très stimulant!
Si on ne comprend pas un vote, c'est qu'il est trop bête
On ne va pas se mentir, dans l'ensemble les plus excluant des partis sont à l'extrême gauche. On ne demande les papiers de personne mais... Nous avons tous un corpus de textes que nous estimons essentiels même si, en vérité, ils ne rendent pas le pain moins cher ; nous avons nos propres chants, tout un répertoire et en plusieurs langues ; nous avons aussi nos propres symboles et nos couleurs, blasons d'une nouvelle chevalerie ; nous avons également nos propres jargons, écolo-technique pour les uns, écono-libertaire pour d'autres, etc.
Mis bout à bout cela forme un monde, un monde dans lequel l'entrée n'est pas aisée, un monde "d'archanges exterminateurs", moralement supérieurs, un monde dont nous ne voulons pas sortir pour ne pas nous souiller de la fange alentour.
Évidemment, la frontière n'est pas physique, juste intellectuelle et idéologique. Dans l'article, un passage m'a particulièrement frappé, ce n'est pas l'auteur qui s'exprime mais son voisin et ami qui vote FN :
"j'ai voté Marine, moi, deux fois... Quand je l'entends, elle me fout les poils cette femme... Je ne sais pas, c'est comme elle parle des français, t'es fier..."
Cet Éric ne veut pas d'une France moteur de la géopolitique, ce n'est pas à cette échelle que se trouve son désir de fierté. Parler de dignité serait certainement plus gauchisto-compatible... Il vit dans une de ces régions dévastées par le libre échange tous azimuts et la dissolution de l'état providence ; le chômage y est partout, dans toutes les familles ; les services publics y sont devenus inexistants. "A vivre là, immobilisé dans un espace en déclin, impuissant face à l'écroulement d'un monde qui ne "tient plus", [...] comment Éric pourrait-il être fier?"
Malheureusement pour lui, les partis antifascistes, antiracistes ou anticapitalistes ne lui seront d'aucun secours car ils ne souhaitent pas frayer avec quoi que ce soit rappelant la patrie. La patrie sur laquelle Jaurès a eu tant de superbes envolées, la patrie qui fut le socle sur lequel le Conseil National de la Résistance put édifier les services publics ayant sorti tant de français de la misère... 70 ans avant aujourd'hui, partis de gauche et syndicats se seraient battus à ses côtés pour que la justice soit établie là où vit le peuple souverain ; maintenant que l'idée, plus pur concept encore que la patrie, de citoyenneté mondiale est apparue, les gauches ne veulent rien de moins et méprisent ceux qui retardent, ceux qui veulent encore assurer le bien de leurs enfants et de leurs proches avant de se préoccuper de chaque guerre, de chaque drame, de chaque iniquité et, bien sûr, de tout cela à la fois...
Pour moi, ce témoignage est une pièce de plus dans un puzzle toujours loin d'être complet. Elle a le mérite de faire apparaître un visage et une expression sur une silhouette jusque là menaçante. Maintenant j'y vois un combattant d'une autre faction qui combat mon ennemi pour des raisons proches des miennes, simplement exprimées d'une autre façon et priorisées différemment.
(1) Tous les passages entre guillemets sont extraits de l'article en question "Mon voisin vote Front national", le Monde diplomatique, janvier 2017.
Si on ne comprend pas un vote, c'est qu'il est trop bête
On ne va pas se mentir, dans l'ensemble les plus excluant des partis sont à l'extrême gauche. On ne demande les papiers de personne mais... Nous avons tous un corpus de textes que nous estimons essentiels même si, en vérité, ils ne rendent pas le pain moins cher ; nous avons nos propres chants, tout un répertoire et en plusieurs langues ; nous avons aussi nos propres symboles et nos couleurs, blasons d'une nouvelle chevalerie ; nous avons également nos propres jargons, écolo-technique pour les uns, écono-libertaire pour d'autres, etc.
Mis bout à bout cela forme un monde, un monde dans lequel l'entrée n'est pas aisée, un monde "d'archanges exterminateurs", moralement supérieurs, un monde dont nous ne voulons pas sortir pour ne pas nous souiller de la fange alentour.
Évidemment, la frontière n'est pas physique, juste intellectuelle et idéologique. Dans l'article, un passage m'a particulièrement frappé, ce n'est pas l'auteur qui s'exprime mais son voisin et ami qui vote FN :
"j'ai voté Marine, moi, deux fois... Quand je l'entends, elle me fout les poils cette femme... Je ne sais pas, c'est comme elle parle des français, t'es fier..."
Cet Éric ne veut pas d'une France moteur de la géopolitique, ce n'est pas à cette échelle que se trouve son désir de fierté. Parler de dignité serait certainement plus gauchisto-compatible... Il vit dans une de ces régions dévastées par le libre échange tous azimuts et la dissolution de l'état providence ; le chômage y est partout, dans toutes les familles ; les services publics y sont devenus inexistants. "A vivre là, immobilisé dans un espace en déclin, impuissant face à l'écroulement d'un monde qui ne "tient plus", [...] comment Éric pourrait-il être fier?"
Malheureusement pour lui, les partis antifascistes, antiracistes ou anticapitalistes ne lui seront d'aucun secours car ils ne souhaitent pas frayer avec quoi que ce soit rappelant la patrie. La patrie sur laquelle Jaurès a eu tant de superbes envolées, la patrie qui fut le socle sur lequel le Conseil National de la Résistance put édifier les services publics ayant sorti tant de français de la misère... 70 ans avant aujourd'hui, partis de gauche et syndicats se seraient battus à ses côtés pour que la justice soit établie là où vit le peuple souverain ; maintenant que l'idée, plus pur concept encore que la patrie, de citoyenneté mondiale est apparue, les gauches ne veulent rien de moins et méprisent ceux qui retardent, ceux qui veulent encore assurer le bien de leurs enfants et de leurs proches avant de se préoccuper de chaque guerre, de chaque drame, de chaque iniquité et, bien sûr, de tout cela à la fois...
Pour moi, ce témoignage est une pièce de plus dans un puzzle toujours loin d'être complet. Elle a le mérite de faire apparaître un visage et une expression sur une silhouette jusque là menaçante. Maintenant j'y vois un combattant d'une autre faction qui combat mon ennemi pour des raisons proches des miennes, simplement exprimées d'une autre façon et priorisées différemment.
(1) Tous les passages entre guillemets sont extraits de l'article en question "Mon voisin vote Front national", le Monde diplomatique, janvier 2017.

Je savais que j'aurais pas dû le publier tel quel. Là il n'y a qu'une partie des interrogations et elles sont mal, voire pas argumentées
La patrie est un des exemples de choses que la réflexion de gauche a abandonnée, dont soi...
Par ailleur...